Désert Nazca
Les déserts côtiers résument bien la dualité qu’il existe entre la terre et la mer. D’un coté les dunes qui viennent terminer le chemin des vagues et de l’autre un océan froid, incroyable réservoir de vie. A l’interface entre ces deux milieux, la faune a su évoluer pour tirer au mieux parti de cette aubène et créer quelques uns des écosystèmes les plus intéressants de la planète.
Le désert Nazca, sur la côte Sud du Pérou est l’un des plus arides au monde, il pleut environ 2 heures par ans. Les terres sont désolés, le minéral règne en maître absolue et à l’exception de quelques oasis, la vie y est réduite au plus stricte minimum. Malgré tout l’Homme a su s’implanter ici, les civilisations se sont succédées bravant les conditions extrêmes de cette région du globe.
Il faut dire qu’elle cumule les mauvais points. En plus de l’extrême sécheresse, la zone est aux proies à des tremblements de terres particulièrement violents. A cela il faut aussi rajouter des dérèglements climatiques périodiques, liés au phénomène El Niño. Habituellement, les eaux froides du courant de Humboldt apportent sécheresse atmosphérique, mais aussi une quantité incroyable de poissons. Tout les 6 à 10 ans, un courant chaud venant de l’équateur parvient à descendre la côte sud américaines, chassant alors la faune marine et causant des pluies diluviennes qui ravagent la région. De manière opposée, La Niña est une anomalie thermique des eaux équatoriales qui renforce les conditions d’aridité sur la côte Est Pacifique.
La côte péruvienne est le berceau des plus anciennes civilisations d’Amérique du Sud. Au Nord de Lima, la culture de Caral-Supe est contemporaine des premiers pharaons, elle remonte à 3000 2500 av. J.C. Elle donna suite à la culture Chavín qui fut l’une des plus prospères du Pérou antique jusqu’en 200 av. J.C. Les Mochica leurs succédèrent, mais un El Niño particulièrement violent ensabla les réseaux d’aqueduc et causa la perte de la civilisation.
Sur la côte Sud, les Paracas occupaient la péninsule qui portent aujourd’hui leur nom et qui signifie “pluie de sable” en Quecha, référence aux fréquents vents de sable qui soufflent ici. Cette civilisation s’est étendue de 1300 av. J.C. à 200 de notre aire. Les Paracas nous ont laissé des tissus et des céramiques très perfectionnés ainsi que d’importantes nécropoles, où la sécheresse du climat a conservé de nombreuses momies jusqu’à nos jours . Ils pratiquaient la déformation crânienne comme les égyptiens, en se bandant la tête depuis la plus petite enfance. On leur attribuerait le Candélabre, bien que personne ne sache vraiment qui la construit et ce qu’il représente. Ce géoglyphe de 200 mètres de long, pourrait représenter un cactus de San Pedro, il symboliserait la toute puissance de la culture Chavín qui entendait son influence jusqu’ici. On sait que les Paracas utilisaient ce cactus comme un puissant hallucinogène et comme sédatif lorsqu’ils pratiquaient des trépanations. Un peu plus dans les terres, un célèbre géoglyphe à forme humaine et à grands yeux reviendrait aussi aux Paracas.
Cette civilisation donna naissance à la culture Nazca, qui pendant prés de 1000 ans de 600 av. J.C. à 400 ap. J.C, ont édifié une intéressante civilisation, difficile à décrypter de nos jours qui. Maria Reiche passa sa vie à comprendre et préserver l’important patrimoine qu’ils nous ont laissé. Les abords des Río Ica et Nazca, recèlent de vestiges. Outre une importante quantité de céramiques, dont la technique de peinture par engobe avant cuisson, était révolutionnaire pour l’époque, on peut encore distinguer un réseau d’aqueduc qui servait à puiser et acheminé l’eau directement des nappes souterraines venues des Andes. Au Nord, la plaine de Nazca a été sauvé in extremis d’un projet d’irrigation par Maria Reiche.
Aprés la découverte des géoglyphes qui portent aujourd’hui le nom de lignes Nazca, elle passa sa vie et son énergie à les étudier et les protéger. On compte pas moins de 10 000 lignes et 200 figures sur une zone de 500 km2. Nous ne les avons pas survolé en avion, il y a beaucoup d’accident du aux mauvais états des appareils, d’autant plus que trois jours avant, un avion a été détourné par des narcotraficants et c’est retrouvé à la frontière entre le Bresil et la Bolivie. Nous les avons vu d’un mirador naturel, qui est une petite montagne au milieu de la plaine d’oú partent des lignes qui rejoignent les figures, certaines sont grandes de plus de 10 km. Différentes hypothèses se confrontent en se qui concerne le rôle de ces figures. Selon la plus en cours aujourd’hui, les lignes servaient de calendriers et de chemins de processions pour vouer un culte à l’eau venu des montagnes. La construction de ces géoglyphes demandait un système mathématique très complexe, encore inconnue à ce jour. Pour les confectionner il utilisait le phénomène naturel d’oxydation très lents dans ce milieu. En retournant les pierres le long des lignes, ils découvraient des zones plus claires qui constituaient les traits des dessins. Tout cela atteste d’un entendement spécifique de leur environnement, lieu de culte et d’expression artistique, il gardait une part mystique dans leur culture. La fin des Nazca coïncide avec une période de sécheresse intense qui disloqua le royaume, les vallées les plus approvisionnées en eau devinrent vite des centres de conflits.
En arrivant dans la région d’Ica et Pisco, ce qui nous a tout d’abord marqué, c’est le délabrement des constructions humaines. La région a souffert d’un séisme de magnitude 8 sur l’échelle de Richter en 2007. Encore aujourd’hui les stigmates du tremblement de terre sont encore visibles, les trottoirs et les murets sont renversés et les églises sont encore toutes fissurées. Une partie du village de Paracas a été abandonné et ressemble à une ville fantôme, prise en étau entre le désert et l’océan. Accolée au village, la réserve nationale de Paracas est, dans sa partie Sud, réserve intégrale de la biosphère. Composée à 40% de terre et 60% de mer c’est un site exceptionnel pour les mammifères et les oiseaux marins.
Tout d’abord les paysages du désert maritime. Elle permet d’entrer dans un univers de roches et de sables, où s’éxume par endroit des fossiles d’animaux marins et mollusques. Les roches en place datent en partie de 400 millions d’années, age auquel le continent était encore relié au Gondwana.
Le coté mer est encore plus intéressant, avec sa faune exceptionnellement riche. Nous sommes partie en bateau pour visiter les îles Ballestas, où les péruviens exploitent depuis plus de 200 ans le guano. Déjà sur l’embarcadère les pêcheurs jouent avec les pélicans en leur lanceant des poissons trop petits pour eux. Ces gros oiseaux planent au dessus de l’eau comme des Antonov russes. Plus loin, prés des falaises on peut apercevoir les condors des Andes, prenant les courants d’air ascendant pour jouer les fils de l’air. Ce sont les éboueurs des plages, ils viennent en quête de charognes à ce mettre sous la dent. Les Iles Ballestas se reconnaissent de loin, à la vue de la nuée d’oiseaux qui survolent la zone. Ils viennent pêcher les riches eaux qui bordent les rochers. Les Hommes aussi, des plongeurs amarrent leurs bateaux à proximités des estrans rocheux… Les lions de mer sont de la partie, accompagnés par les manchots de Humboltd qui vivent dans le courant. Sur les rochers et sur le haut des îles blanches de guano, des milliers de cormorans de Bouguinville et Gaimard s’élancent en escadrons. Les sternes incas très rapides voltigent au dessus des vagues pour pêcher au vol les poissons de surface, alors que les fous à pattes bleus planent en altitude et, lorsqu’il surprennent une proie, s’abattent à la manière du faucon crécelle pour plonger en profondeur. En revenant sur le rivage, des plongeons incessant attirèrent notre attention, ils délimitaient un ban de poissons, qui était suivie par une vingtaine de dauphin à bec court. C’était le clou du spectacle.



Encore quelques jours à profiter de ces paysages exceptionnels.
Emmagasinez bien tous ces souvenirs et à bientot
Bisous
Josette et Bernard