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Terre Humaine

Voyager, c’est s’évader, parcourir le monde comme un arbre étend ses racines…  On garde toujours un pied là où l’on est né, mais chaque nouvel ailleurs est une nouvelle occasion de se gorger d’une parcelle de la Terre encore différente de la précédente. On grandi de curiosité en dévorant la diversité de la nature, des paysages et des peuples qui y vivent. Nomade jusqu’au bout des semelles, la route nous fait voire le monde d’un regard forgé aux grés des kilomètres ; elle nous donne la liberté d’ouvrir les yeux sur une réalité autrement inaccessible.

Océane et moi partons sur les pistes Sud Américaines pour nous immerger dans une région du monde très différentes de la nôtre et vivre au plus proche des populations locales. Nous espérons ainsi entrevoir les relations qu’elles entretiennent avec leur environnement. Le cône sud de l’Amérique est riche d’une diversité naturelle et culturelle impressionnante. Les peuples qui s’y sont installés n’ont eux de choix que de s’adapter à leur milieu, calquant leurs activités sur le lien d’interdépendance avec l’environnement qu’il avait eux même modifié pour subsister. Les chemins divergent autour du planisphère en ce qui concerne l’utilisation des ressources de la Terre et l’emprise des Etres Humains sur la nature. En Amérique du Sud, peut être plus qu’ailleurs, les points de vue sont conflictuels. Certains peuples ont su rester conscients de leur place à part entière dans les écosystèmes qui les font vivres (les Guaranis, peuple tribal vivant dans la forêt Amazonienne ou les Quechua, paysans de l’Altiplano divinisant la Terre sous les traits de la Pacha Mama,…) Alors que d’autres se sont pliés à une économie capitaliste et mondialisée pillant les terres au grés des fluctuations des marchés financiers (l’agriculture extensive au Brésil ou en Argentine, l’exploitations des ressources du sous sol en Bolivie,…). Le commerce de la Terre nous fait oublier que la Nature est propriétaire des sols que l’on exploite, nous ne sommes que les locataires.  La production agricole intensive, le rythme effréné de conversion des zones naturelles, l’exportation des ressources  produites engendrent outre une détérioration de l’environnement, une augmentation des laissés pour compte, marginalisés par la spoliation ou la dégradation de leur terre nourricière. La globalisation d’un modèle économique basé sur la croissance infinie dans un monde bel et bien fini n’a pour conséquence que de creuser les inégalités sociales et environnementales.

Ernesto Guevara écrivait « Les erreurs du passé se retrouvent dans le présent, leur éradication demande un travail de chaque instant». Cette phrase est à méditer en sortie des accords de Copenhague où le manque de coopération et de solidarité internationale ont laissé les intérêts économiques dicter l’avenir de notre planète. Certaines mesures comme la promotion de la croissance verte, dessinent déjà un futur non pas nouveaux, mais basés sur les mêmes erreurs, occultant les réalités du système Terre. D’un point de vue social, ces perspectives sont pernicieuses à l’échelle mondiale puisqu’elles demandent aux pays les plus pauvres de prendre des mesures proportionnellement plus contraignantes que celles des pays riches détenteurs des technologies les plus avancés et capables de commercialiser les infrastructures répondant aux exigences environnementales (énergies renouvelables, centres d’incinération des déchets,…). Ne serions nous pas en train de créer une nouvelle branche à la machine impérialiste? Nous avons tous nos cartes à jouer dans la préservation de l’environnement, mais pour une justice globale, le rôle de chacun doit être proportionnel à son empreinte sur la planète.  A l’aube des changements globaux qui attendent l’humanité, une remise en cause d’un ordre établi depuis la révolution industrielle s’impose. Nous avons beaucoup à apprendre de ces peuples ancestraux qui ont sus vivre des millénaires là même où il nous a fallu seulement quelques décennies pour tout recouvrir de nos ordures.

En partant à la découverte des ces peuples qui entretiennent encore des relations privilégiées avec la Terre, nous arpenterons les liens archaïques qui unissent l’Etre Humain à la nature. Ce même lien qui a l’heure des prémisses des changements globaux nous fait prendre conscience de notre propre vulnérabilité.

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