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Graine de diversité

L’agriculture est une invention récente dans l’histoire de l’humanité, elle a changé profondément les paysages et les Etres Humains. Voila environ 10 000 ans qu’est apparue quasi simultanément, aux quatre coins du monde, l’idée évidente aujourd’hui que planter une graine permet d’en récolter dix de plus.

Le génie de l’espèce humaine et de certaines autres espèces animales, a été de comprendre qu’une plante vit et engendre des fruits dans des conditions bien particulières. Contrôler sa germination, la croissance de la plantule et finalement la formation de nouvelles graines, c’est maitriser un cycle établi au cours de milliards d’années d’évolution visant à rendre possible l’existence d’une espèce végétale dans un environnement qui lui est propre. Recréer ou tout du moins préserver les conditions qui permettent l’établissement des plantes nourricières est un avantage considérable lorsque naturellement ce qui semblait être le pays de Cocagne s’appauvri de jours en jours, contraignant les hommes et les femmes à ce déplacer toujours plus loin. Depuis le néolithique, les peuples qui ont opté pour une vie sédentaire s’efforcent de cultiver les végétaux qui composent leurs alimentations, transmettant  les graines de générations en générations et de village en village. En replantant les graines des plantes les plus productives, les différentes civilisations qui se sont succédées ont largement modifiées les répartitions des espèces végétales que nous consommons et parallèlement à cela leurs caractéristiques. L’implantation d’une plante dans une nouvelle région dépend de la lente sélection des graines qui germent un peu mieux que les autres. Petit à petit, on parvient à créer un végétal artificiel adapté aux conditions régionales mais aussi très différent de sa plante mère. Les différentes cultures humaines ont apporté chacune leurs grains de sel dans l’édification des plantes nourricières. Les papilles n’apprécient pas les mêmes gouts d’un bout à l’autre du globe. Les plantes ont aussi été sélectionnées pour répondre aux exigences de ceux qui les cultivent.

De nos jours, l’humanité est riche d’une multitude de variétés de graines, de fruits et de légumes qui sont l’héritage des civilisations passées. Ils nous ont livrés, outre un nombre de saveurs incalculable, un patrimoine génétique gigantesque où d’infimes variations permettent de cultiver les plantes quasiment partout dans le monde, des hauts plateaux boliviens aux iles anglo-normandes pour la pomme de terre par exemples.

S’intéresser aux semences anciennes, c’est partir en un voyage dans le temps et dans l’espace. Quand nous achetons un kilo de tomates, gardons à l’esprit qu’il reflète le fruit du travail des paysans Aztèques, six ou sept siècles en arrière. Les semences paysannes durement adaptées au milieu se perdent, victimes de l’uniformisation galopante d’une société mondialisée. Claude Levi Strauss faisait déjà un étrange parallèle, il y a de ça cinquante ans, en écrivant « L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comptera plus que ce plat. » La perte de l’immense diversité des variétés agricoles est incommensurablement liée à l’oubli des cultures qui les ont créé. Préserver la diversité des semences paysannes, c’est continuer à faire vivre une différence. Aucune région du monde n’est identique à une autre, prendre conscience de l’existence du patrimoine agricole propre à son lopin de terre, c’est s’en rapprocher et comprendre l’importance de sa spécificité.

Les changements climatiques, la dégradation des zones naturelles et des terres cultivables, l’augmentation des inégalités Nord/Sud,…, sont autant de facteurs qui  mettent à mal la sécurité alimentaire mondiale. La diversité est la clé de la bonne santé de nos terres et c’est de cette même diversité des variétés agricoles que l’on trouvera des plantes capables d’assurer les besoins alimentaires à venir.

L’Amérique du Sud est le bassin d’apparition de nombreuses plantes qui rentrent aujourd’hui dans notre alimentation quotidienne (la tomate, le maïs, la pomme de terre, la courge, …) Notre voyage est un bon prétexte pour partir à la rencontre des variétés anciennes de ces fruits et légumes. Les populations les moins avancés vis-à-vis du progrès techniques pratiquent encore une agriculture vivrière composée d’innombrables variétés agricoles, aux antipodes des monocultures mécanisés voués à l’exportation des productions.

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